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Note ou pas note ?

By 16 mars 2021 mars 20th, 2021 No Comments

L’éternel débat : faut-il noter les élèves ?

Mais d’où peut bien venir cette idée bizarre ? On note les élèves depuis la nuit des temps (en fait depuis à peine plus d’un siècle, d’après Claude Lelièvre). Cela paraît naturel à tout le monde, pourquoi donc remettre en cause “quelque chose qui marche” ?

Les notes, un système pas si efficace que ça

La première raison est que ça ne “marche” pas si bien que ça. On sait depuis 1930 et l’avènement de la docimologie (la science de l’évaluation) que la note est subjective. Dans une expérience fondatrice, un paquet de copie de l’agrégation de philosophie a été recorrigé après l’épreuve. Dans cette deuxième correction, le premier reçu n’était plus que.. avant-dernier. Et si vous pensiez que les sciences “exactes” comme les mathématiques ou la physique sont épargnés, détrompez-vous. Certes, les écarts de note sont moins grands dans ces disciplines mais ils peuvent atteindre 9 points… Sur 20 oui… Et ceci indépendamment du barême, cela ne sert donc à rien de se creuser la tête sur un barème à 0,125 points, les écarts de note resteront les mêmes.

La note est subjective

Cela va même plus loin car la performance d’un élève dépend du sujet de l’évaluation. Un élève en difficulté scolaire va mieux réussir un exercice s’il est écrit “art plastique” en haut de la copie à la place de “géométrie”, alors qu’il s’agit de la même tâche à réaliser dans les deux cas (voir le test). Si vous voulez en savoir plus, je vous encourage à aller voir mon article sur l’évaluation qui détaille pourquoi une note est forcément subjective.

Alors oui, la note est subjective. Mais en plus, elle a des effets délétères. En effet, comme elle “réduit” tous les apprentissages de l’élève à une seule dimension (la note), l’élève a tendance à “s’assimiler” à sa note. “Moi, je suis un 12 en anglais et un 8 en mathématiques”. On connaît tous des élèves en difficulté qui ont arrêté de travailler parce que de toute façon “ils sont nuls”. Entre avoir des mauvaises notes voire des notes nulles et se considérer comme nul, il y a un pas que les élèves franchissent allègrement.

Et s’ils n’abandonnent pas, les élèves vont assimiler cette note à leur valeur personnelle, ils vont donc tout faire pour augmenter cette note. D’où la plainte souvent entendue en salle des profs “les élèves ne travaillent que pour la note, si ce n’est pas noté, ils ne travaillent pas”. C’est bien simple, dès qu’on distribue une activité à faire en classe, la question “c’est noté Madame ?” arrive dans les 10 secondes. Et s’ils travaillent “pour la note”, c’est donc que les élèves ne travaillent pas “pour les apprentissages”. Or, on le sait, un apprentissage profond, qui fait sens et est réutilisable à long terme dans différents contextes demande un travail profond, loin du travail de surface “pour la note”. On arrive sur ce paradoxe de l’école : les élèves qui ont les meilleures notes sont ceux qui, justement, ne travaillent pas pour la note.

Les classes sans notes ?

Devant ce constat un peu désespérant, une solution semble s’imposer : supprimer la note. On sera dans le subjectif mais pas plus qu’avec une note et au moins les élèves ne pourront s’assimiler à un chiffre et ne travailler QUE pour la note.

Facile non ? Eh bien pas tant que ça. Des expérimentations de classes sans notes, il y a en a eu, il y en a encore. J’ai moi-même supprimé les notes de ma classe de 5e il y a une dizaine d’années. Et je suis revenue en arrière. Car quand on est un seul prof à ne pas mettre de note, notre matière ne rentre plus dans la “moyenne générale”, ce qui fait que notre voix n’est plus entendue au conseil de classe. Et que notre matière devient inexistante aux yeux de l’institution… et certaines fois aux yeux de nos élèves.

Les seules expérimentations de classe sans note qui fonctionnent sont portées par des équipes entières, qui travaillent ensemble dans cette optique. A noter que l’expérience est toujours plus positive et a plus de chance de continuer l’année d’après si TOUTE la division passe en sans note. Par exemple, toutes les classes de 6e passent sans note. La coexistence de classes avec et sans note est difficile à gérer et se fait quasiment toujours au détriment des classes sans note. Car le message que ces classes envoient, s’il est plus riche est aussi moins simpliste.

L’histoire se complique encore si on veut faire des classes sans notes en 3e et au lycée. Dans ces niveaux, l’évaluation et donc la note permettent la sélection. Comment postuler sur Parcoursup avec un dossier scolaire sans note ?

Globalement donc, ces expérimentations de classes sans note ne sont pas aussi concluantes que ce qu’on pourrait en espérer. Mais peut-être les choses ne fonctionnent pas car on prend le problème “à l’envers”. Le problème vient pour moi de la façon dont la note est perçue.

La note est un message

On pense souvent la note comme étant une “mesure”, une mesure du niveau de l’élève. (d’ailleurs cet argument est repris par les adversaires des classes sans note : “si la température est mauvaise, cela ne sert à rien de jeter le thermomètre.” la note est donc perçue comme un instrument de mesure).

Or le malentendu part de là. Une note, ce n’est pas une mesure (notamment, si c’était un thermomètre, ça serait un thermomètre qui donnerait de la fièvre, pas vraiment utile non ?). Non, la note, c’est un message. Un message que l’enseignant puis l’établissement envoient à l’extérieur : à l’élève bien sûr mais aussi aux parents puis aux divers établissements où l’élève postule.

Une fois qu’on voit la note comme un message, alors tout change. Notamment un postulat de base : la moyenne trimestrielle doit être calculée par un ordinateur. Le prof rentre ses notes de contrôle au fur et à mesure dans un logiciel qui nous donne à la fin du trimestre une moyenne, souvent jusqu’au centième de point. Et avec ces chiffres, on peut prendre des décisions. Si on voit la note comme un message, on voit bien l’inanité de laisser un ordinateur poser cette note.

Mais une autre façon de faire est possible. On peut poser des notes autrement. Des notes qui respectent les élèves, les poussent à bosser sans atteindre leur estime personnelle. Voire en les aidant à construire leur estime personnelle. Cela passe par notamment l’implication des élèves. Oui, dans ma classe, ce sont mes élèves qui choisissent la note que je vais mettre sur le bulletin. Et non, je n’ai pas 20 de moyenne de classe.

Si vous voulez savoir concrètement comme je fais, je vous laisse aller voir cette vidéo :

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